Quarante-quatre journalistes issus des médias publics et privés burkinabè ont participé pendant six jours à une formation au sein d’une académie de Une « immersion patriotique » organisée dans un contexte marqué par la lutte contre les groupes djihadistes et qui suscite de vives inquiétudes chez les défenseurs de la liberté de la presse.
Vêtus de treillis militaires et équipés de fusils, les journalistes ont pris part à différentes activités dans le cadre de cette formation présentée par les autorités comme un moyen de renforcer leur engagement patriotique face aux défis sécuritaires auxquels le Burkina Faso est confronté.
Dans une vidéo diffusée par la télévision publique RTB, le ministre de la Communication, Pingdwende Gilbert Ouédraogo, a directement interpellé les participants : « Allez-vous être des journalistes patriotes et professionnels ? » Après une réponse collective des journalistes, le ministre a estimé qu’« un journaliste professionnel qui n’est pas patriote constitue une menace pour son pays ».
Une formation justifiée par le contexte sécuritaire
Depuis plusieurs années, le Burkina Faso fait face à une importante crise sécuritaire liée aux attaques de groupes armés affiliés notamment à Al-Qaïda et à l’État islamique. La junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivée au pouvoir en 2022, affirme vouloir mobiliser toutes les composantes de la société dans la lutte contre le terrorisme.
Les autorités présentent ainsi cette immersion comme un outil destiné à renforcer la compréhension des réalités auxquelles sont confrontées les forces engagées sur le terrain et à promouvoir un journalisme considéré comme davantage aligné sur les intérêts nationaux.
Cette politique s’inscrit dans une campagne plus large de promotion du « patriotisme », qui concerne également d’autres catégories de la population, notamment les jeunes.
Les organisations de défense de la presse inquiètes
L’initiative provoque toutefois des réactions critiques parmi les défenseurs de la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) y voit « un nouveau signal très inquiétant » et rappelle que les journalistes ne sont pas des soldats.
L’organisation estime que les professionnels des médias doivent pouvoir exercer leur métier de manière indépendante, y compris dans un contexte de guerre, sans être transformés en relais ou en porte-parole de l’effort de guerre.
Depuis l’arrivée de la junte au pouvoir, plusieurs médias étrangers ont été suspendus au Burkina Faso. Des organisations de défense des droits humains ont également fait état de cas de journalistes critiques qui auraient été enrôlés de force et envoyés au front.
Pour les défenseurs de la liberté de la presse, la nouvelle formation soulève donc une question fondamentale : jusqu’où peut aller l’exigence de patriotisme imposée aux journalistes sans remettre en cause leur indépendance professionnelle ?





























